Cérémonie commémorative du 75e anniversaire de la Libération de Paris

Discours de Delphine Bürkli, Maire du 9e arrondissement de Paris

En ce vendredi 25 août 1944, le soleil brille dès les premières heures du jour. Loin de l’agitation orageuse des jours précédents, la capitale s’apprête à recouvrir sa liberté.

Pendant la nuit, des anonymes, hommes et femmes de notre arrondissement, résistants et acteurs du soulèvement depuis le 19 août, prêts à en découdre, ont collé sur les murs de l’arrondissement un avis à la population émis par le Gouvernement provisoire de la République française. Ce document, imprimé quelques jours auparavant clandestinement rue Pigalle, porte à la connaissance des habitants l’existence officielle du comité de libération du 9e arrondissement qui constitue la nouvelle municipalité et dont le siège se trouve ici, 6, rue Drouot.

Ce comité est à l’image de la France résistante et réunit en son sein des habitants du 9e arrondissement aux opinions politiques différentes mais unit dans un seul et même but patriotique : l’amour de leur pays et sa libération.

Maurice Fontaine, représentant du Front national devient le maire. Ses adjoints sont Lucienne Didner, représentante de ceux de la résistance, Aimé Texier, représentant de Libération, Jules Vaugon, représentant de l’union des syndicats et Roger Bordet, représentant du Parti communiste.

Tous les cinq accueillent avec joie les vaillantes troupes françaises qui, sur tous les fronts luttent pour la libération de notre territoire et qui assurent dès maintenant leur liaison avec les héroïques Forces Françaises de l’Intérieur qui ont libéré Paris. Dans ce même document fondateur, ils saluent nos alliés qui combattent victorieusement pour la liberté du monde et félicitent la population de l’attitude qu’elle a adoptée, notamment le jeudi 24 août 1944 mais lui recommandent le plus grand sang-froid jusqu’au départ du dernier allemand.

Justement, à 10h30, ce 25 août, le colonel Billotte de la 2eDB - après s’être concerté avec les chefs de la résistance à l’hôtel de ville, Luizet, Parodi et Chaban Delmas - adresse par l’intermédiaire du consul de Suède Nordling un ultimatum au general Von Choltiz retranché à l’hôtel Meurice. Celui-ci refuse, l’assaut est inévitable. La 2eDB attaque dans deux directions, par la Rue de Rivoli vers l’hôtel Meurice et par l’avenue de l’Opéra pour le prendre à revers. La capitulation de Von Choltiz intervient à 14:30 peu avant la Kommandatur, place de l’Opéra symbole honni de l’occupation.

À quelques mètres, les correspondants de guerre alliés sont réunis à l’hôtel Scribe, devenu le centre de la presse américaine à Paris. Ils suivent minute par minute la libération de Paris. Tout comme les journalistes français, du Parisien libéré à Libération en passant par l’Humanité et Le Figaro, tous relatent l’histoire en marche. Je veux remercier sincèrement le Souvenir Français et son président Serge Barcellini de nous avoir confié les unes de ces journaux et d’avoir choisi la mairie du 9e pour exposer au public ces documents exceptionnels qui nous font vivre en direct la libération de Paris.

Dans l’après-midi du 25, la population se réapproprie le pavé, brisant les panneaux indicateurs érigée par les nazis, lacérant les drapeaux à croix gammée.

Qui mieux que Louis Aragon pour décrire si intensément les sentiments mêlés des Parisiens en ce jour historique :

Rien ne m’a fait jamais battre le coeur

Rien ne m’a fait ainsi rire et pleurer

Comme ce cri de mon peuple vainqueur

Rien n’est si grand qu’un linceul déchiré

Paris Paris soi-même libéré

Dans l’après-midi du 26 août, le Général de Gaulle et le peuple de Paris descendent les Champs Élysées.

‘’Ah! C’est la mer! Une foule immense est massée de part et d’autre de la chaussée. Peut-être deux millions d’âmes. Les toits aussi sont noirs de monde. À toutes les fenêtres s’entassent des groupes compacts, pêle-mêle avec des drapeaux. Des frappes humaines sont accrochées à des échelles, des mâts, des réverbères. Si loin que porte la vue, ce n’est qu’une houle vivante, dans le soleil, sous Le tricolore’’, décrira-t-il dans ses Mémoires.

Ces scènes de joie, qui marqueront à jamais l’histoire de Paris, ont été le fruit de l’engagement de résistants anonymes, gardiens de la paix ou grades de la Préfecture de police, sapeurs-pompiers, de milliers d’hommes et de femmes guidés par un idéal incarné par le Général de Gaulle, Philippe Leclerc de Hauteclocque, Jacques Chaban Delmas, Henri Rol Tanguy, eux qui ont préparé secrètement l’insurrection au lendemain du 6 juin et du débarquement des alliés en Normandie.

Tous se sont soulevés pour rendre à Paris sa liberté, unis dans un même combat, quelles que soient leurs opinions politiques, leurs convictions religieuses, leurs origines, leurs nationalités, américains, anglais, canadiens bien sûr, mais aussi espagnols ou encore arméniens à l’instar de Dikran Lorenian, réfugié en France après le génocide de 1915, dont je souhaiterais honorer la mémoire ce matin. Le 24 août lorsque le Général Leclerc interpelle le Capitaine Dronne et lui donne l’ordre de foncer sur l’Hôtel de Ville de Paris en empruntant des itinéraires détournés, celui-ci prend avec lui trois sections et 150 hommes foncent sur Paris. Un arménien de Paris, Dikran Lorenian, crémier fromager à Villejuif, propose alors ses services pour les guider, sur une motocyclette, jusqu’à l’Hôtel de Ville en évitant les barrages allemands. Par son geste et son engagement, il a contribué lui aussi à la Libération de Paris en préservant des vies et en sauvegardant du matériel. Il permit au Capitaine Dronne d’arriver quai de l’Hôtel de Ville à 21h22. Les cloches de Notre Dame ont alors retenti couvrant à peine la Marseillaise entonnée sur le Parvis.

C’était il y a 75 ans. Si l’on compte seulement les années, cette époque est encore proche de nous. Mais tant d’événements, depuis, se sont accumulés, et si graves, qu’elle semble déjà très lointaine. Pour nombre d’entre vous, présents à nos côtés ce matin, et je veux vous exprimer toute ma gratitude pour votre fidélité (vous êtes pour moi, pour nous des exemples), pour vous, ces temps maudits ne sont que souvenirs vagues et brouillés. Et, vraisemblablement, si vous me le permettez, même pour ceux qui ont subi en pleine souffrance, je pense à vous chère Micheline Baron, chère Gabrielle, Cher Lucien Benaidi, chère Danièle Hachemin, vous qui avez subi la guerre, l’occupation, la déportation, il devient difficile, de ressusciter, dans toute son étendue, la barbarie, la sauvagerie et l’horreur de cette guerre. Une guerre mondiale qui a frappé des millions d’êtres innocents traqués, détruits en masse, froidement, méthodiquement, industriellement.

En célébrant ce 75e anniversaire de la libération de Paris, nous honorons la mémoire de toutes celles et tous ceux qui ont combattu pour nos libertés, pour nos valeurs, tous ceux qui ont souffert dans leur chair et nous n’oublions pas. C’est la raison pour laquelle nous avons tenu avec Alexis à être présents chaque 25 août au ravivage de la flamme sur la tombe du soldat inconnu. Précisément parce que cette date est inscrite à jamais dans l’histoire du peuple de Paris.

L’esprit de la libération reste inscrit au plus profond de chacun des Parisiennes et des Parisiens, un peuple à part qui a toujours refusé les injustices et se dresse contre toute forme d’obscurantisme. Nous en portons tous ici présents l’héritage et devons en être digne.

Aujourd’hui fiers de ce passé qui a fait de Paris la ville que nous aimons, il nous faut à présent imaginer ensemble celle que nous voulons pour les décennies à venir. Face à l’instabilité du monde, où tout se bouscule et s’enchevêtre, la capitale de la France aux mille visages, tout à la fois rebelle et résiliante, est concernée de plein fouet par les mutations environnementales, sociales, migratoires, et technologiques majeures. Faire vivre l’esprit de Paris, c’est aujourd’hui appeler à son unité pour surmonter les défis nouveaux et bâtir ensemble un avenir meilleur.

Vive la République! Vive la France!


Dernière mise à jour le dimanche 25 août 2019

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